Focus sur le syndrome dysexécutif et la gestion textuelle
Dans l’optique des sciences cognitives, les différentes activités mentales sont conçues comme des processus de traitement de l’information de différents niveaux ou contenus, processus qui recouvrent de nombreuses modalités. Ces processus partent d’une analyse des données de l’environnement pour élaborer des conduites adaptées, via des fonctions cognitives plus ou moins élaborées.
Si l’on essaie de synthétiser les données des différentes approches, on retient que le fonctionnement exécutif est complexe : il exerce un contrôle intentionnel sur la pensée et les actions et supervise les différents processus cognitifs engagés quand le sujet doit s’adapter à une situation nouvelle, c’est-à-dire quand il doit élaborer des stratégies pour résoudre un problème de façon appropriée au contexte.
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Il relève d’un ensemble de processus cognitifs variés. Ces processus interviennent simultanément et sont vraisemblablement en interaction dans les situations naturelles de vie quotidienne. Pour mieux appréhender la complexité du fonctionnement exécutif, les chercheurs ont essayé de dissocier les différentes opérations mises en œuvre et d’en faire l’inventaire.
On retient cinq fonctions essentielles pour analyser les activités mentales en cas de résolution de problème : la mémoire de travail dont on a parlé plus haut, l’inhibition, la flexibilité mentale, la planification et l’auto correction. Et quand on reprend les définitions concernant le fonctionnement exécutif et les données de la psycholinguistique, on peut sans conteste montrer que les processus mis en jeu dans la résolution de problèmes sont mobilisées dans la gestion textuelle.
Trois d’entre elles seront impliquées forcément dans la compréhension d’un énoncé de type textuel.
- La mémoire de travail comme on l’a dit plus haut permet de stocker et maintenir une information pendant qu’un traitement cognitif s’effectue. Pour gérer la macrostructure d’un texte, il faut bien sûr maintenir en mémoire à court terme les informations occurrentes.
- L’inhibition de la réponse ou contrôle inhibitoire est un processus qui permet d’empêcher les informations interférentes de venir perturber la tâche en cours. Pour la compréhension d’un texte, c’est une procédure essentielle à la gestion de la pertinence des informations sémantiques.
- La flexibilité cognitive permet de déplacer le foyer attentionnel d’une information à l’autre. Dans le texte, il convient bien sûr de passer d’une microstructure du texte à une autre et de représenter les différents schémas de situations.
Les deux autres le seront quand le sujet devra agir sur le texte et donc organiser une stratégie pour accéder à son but.
- La planification de l’action : qui permet d’anticiper les différentes actions, d’élaborer un plan, une stratégie et de séquencer les différentes étapes pour parvenir à l’objectif.
- L’autocorrection qui assure le contrôle et le maintien de la stratégie jusqu’à son but.
Les 5 fonctions sont séparables mais elles sont la plupart du temps requises simultanément dans les situations de résolution de problème.
En clinique, il convient de considérer qu’un dysfonctionnement exécutif donnera lieu quasi nécessairement à des performances déficitaires dans la gestion textuelle ou discursive. Réciproquement, quand un sujet est en difficulté pour produire ou comprendre un texte ou un discours, alors qu’il ne présente pas de déficit au plan linguistique, il sera légitime d’analyser les performances de ses fonctions exécutives afin de découvrir l’origine de la problématique.
Ainsi la gestion des textes peut être entravée quand les troubles cognitifs du sujet sont subtils, peu importants donc mal objectivables par les tests classiques mais pour autant bien réels.
Annick Duchêne,
Auteure de Prétextes, Orthophoniste, Neuropsychologue, Docteure en neuropsychologie





















